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Cité Philo - Hauts-de-France

En partenariat avec : le Goethe Institut de Lille et dans le cadre du Mois du Film Documentaire

« Il faut être aussi méfiant envers les images qu’envers les mots. Images et mots sont tissés dans des discours, des réseaux de significations […]. Ma voie, c’est d’aller à la recherche d’un sens enseveli, de déblayer les décombres qui obstruent les images », écrivait Harun Farocki (catalogue de sa rétrospective au Ciné-Club de Münster en 2001). La sélection ici opérée dans l’œuvre prolifique du cinéaste allemand (né en 1944, mort en 2014, il vivait et travaillait à Berlin depuis 1962) permettra d’éprouver le programme de celui qui fut aussi essayiste, enseignant et, à partir de 1995, auteur d’installations vidéo - cette entrée d’Harun Farocki dans le monde des arts plastiques étant initiée avec l’installation Section, au Musée d’art moderne de Villeneuve d’Ascq. Et d’éprouver la rigueur de sa méthode - doublement fondée sur l’observation directe du réel et sur le traitement de l’archive - qui fait de ce travail critique de « dissection du monde de l’apparence » une œuvre cinématographique essentielle. 10h30 – Projection de Feu inextinguible, film d’Harun Farocki (Nicht Löschbares Feuer, 1969, 25’, N&B’), précédée de la présentation de la matinée C’est le 1er film d’Harun Farocki, hors travaux d’école de cinéma. En 1969, faisant face en cinéaste à la guerre du Viêtnam, qui est alors la question politique centrale pour la jeunesse dont il fait partie, il y met en scène la fabrication du napalm, inventant une autre manière de s’adresser au spectateur que celle du spectacle télévisuel de l’horreur causée par cette arme, utilisée à grande échelle par l’armée américaine contre les populations civiles et les combattants du Front de Libération Nationale du Viêtnam : « Si je vous montre une image de blessure au napalm, vous fermerez les yeux ; d’abord vous fermerez les yeux devant l’image, puis vous fermerez les yeux sur son souvenir, ensuite vous fermerez les yeux devant les faits, puis vous fermerez les yeux au contexte des faits » (H.F., texte du film). 11h15 – Projection de Images du monde et inscription de la guerre, film d’Harun Farocki (Bilder der Welt und Inschrift des Krieges), 1988, 1h15’, couleur, VO sous-titrée en français « En 1944, les Alliés bombardèrent Berlin au moment où la mère d’Harun Farocki allait le mettre au monde. Sa famille, obligée de quitter la ville, fut envoyée vers Neutitschein (aujourd’hui Noviy Jicin, en République tchèque) que le régime national-socialiste appelait alors le ‘Sudetengau’ […]. La même année, les Alliés bombardèrent non pas Auschwitz mais les usines IG Farben situées à proximité du camp. A partir d’une analyse des raisons pour lesquelles les Alliés ne tirèrent pas les conséquences des informations dont ils disposaient déjà sur la destruction des juifs, Farocki conçoit son film le plus important » (Christa Blümlinger). 14h15 – Projection de Sorties d’usines, film d’Harun Farocki (Arbeiter Verlassen Die Fabrik, 1995, 36’, N&B et couleur, VOSTF), précédée d’une présentation de l’après-midi Entre 1995 et 2000, trois films constituent le projet d’Harun Farocki d’un Thesaurus d’images ou Vocabulaire d’expressions filmiques. Le premier, Sorties d’usines, marque l’année du centenaire de la première projection publique, au monde, d’un film, La Sortie des usines Lumière à Lyon, dont Farocki reprend le titre pour explorer ce site qui n’a cessé depuis de préoccuper des générations de cinéastes. Farocki s’y confronte aux images qu’en donne le cinéma, des Temps modernes de Charlie Chaplin à Accatone ! de Pier Paolo Pasolini, en passant par Metropolis de Fritz Lang. 15h - Projection de Histoires pour s’endormir, film d’Harun Farocki (Einschlafgeschichten, 1973-1979), 1 : Ponts (Brücken), 3’, couleur, VO sous-titrée en français « Deux petites filles sur le point de s’endormir s’amusent à imaginer des histoires de ponts, de bateaux, de funiculaires. Qu’est-ce qui mérite d’être dit, d’être pensé, d’être montré ? A la fin, Anna et Lara, qui sont par ailleurs les filles du réalisateur, s’endorment, le jeu est terminé » (Institut Goethe). Nous montrerons trois de ces courts films délicieux, réalisés par Harun Farocki, entre 1973 et 1979, et expressifs de son grand art d’aller à l’essentiel : Ponts (Brücken), à 15 h - Trains (Bahnen), à 15h40 - et Bateaux (Schiffe), à 16h55. 15h05– Projection de L’expression des mains, film d’Harun Farocki (Der Ausdruck der Hände, 1997, 30’, couleur, VOSTF) Deuxième contribution de Farocki au projet Vocabulaire d’expressions filmiques. « La main est là pour le toucher, mais le cinéma doit couler les perceptions de tous les sens dans celui de la vue. Le visage humain a occupé les gros premiers plans de l’histoire du cinéma, après ce furent les mains» (Harun Farocki). « Simple d’apparence, le dispositif de L’expression des mains est d’un effet vertigineux en ce qu’il mime la réalité d’une installation qu’il n’est pas (…) pour dévoiler tel usage des mains à l’intérieur de tel ou tel film. Usages innombrables, de l’amour à la guerre, de la caresse à la terreur, du loisir au travail, de la main du héros de western sortant son pistolet à celle de la femme qui accouche en cherchant un appui pour surmonter sa douleur » (Raymond Bellour, Trafic). 15h40 - Projection de Histoires pour s’endormir, film d’Harun Farocki (Einschlafgeschichten, 1973-1979), 2 : Trains (Bahnen), 3’, couleur, VO sous-titrée en français 15h45 - Images de prisons film d’Harun Farocki (Gefängnisbilder, 2000, 60’, N&B et couleur, VOSTF) Troisième contribution de Farocki au projet Vocabulaire d’expressions filmiques. « De quelle façon a-t-on représenté la prison en cent ans d’histoire du cinéma ? Quelles sont les images produites par la prison elle-même avec les caméras de contrôle et les vidéos didactiques pour le personnel de surveillance ? L’établissement pénitentiaire semble être, dans le film de Farocki, un laboratoire anthropologique, dans lequel on étudie la vie et la mort à travers l’œil de la caméra » (Goethe Institut). 16h55 - Projection de Histoires pour s’endormir, film d’Harun Farocki (Einschlafgeschichten, 1973-1979), 3 : Bateaux (Schiffe, 3’, couleur, VO sous-titrée en français 17h – Projection de Contre-chant, film d’Harun Farocki (GegenMusik, 2004, 23’, couleur) Installation vidéo double projection, conçue pour l’exposition « La Ville qui fait signes », au Fresnoy, dans le cadre de Lille 2004, Capitale européenne de la culture. « La ville de Lille constitue pour Farocki une sorte de paradigme du passage de l’âge industriel des masses et de la production à l’âge post-industriel des données et des services. Dans cette installation, ce passage s’incarne et se redouble dans celui qui conduit de L’homme à la caméra, Dziga Vertov (1929) et de Berlin, Symphonie d’une grande ville, Walter Ruttman (1927), à des images de surveillance d’aujourd’hui » (C. Blümlinger). 17h30 – Conversation avec Christa Blümlinger sur l’œuvre de Harun Farocki, animée par Jacques Lemière 18 h 30 – Projection de Vidéogrammes d’une révolution, film d’Harun Farocki et Andrei Ujica (Videogramme einer Revolution, 1992, 1h46’, couleur) Relecture et remise en travail, par Harun Farocki et le réalisateur roumain Andrei Ujica (installé en Allemagne depuis 1981), de 125 heures d’images audiovisuelles filmées en Roumanie (par des amateurs ou par la télévision d’Etat) les jours de décembre 1989 qui scellent le sort de Nicolae Ceaucescu. . « Le 20ème siècle est filmique, comme on sait. Mais le processus d’ « écranification » de l’Histoire ne pouvait être parachevé que par la vidéo, ses possibilités accrues d’autonomie (durée de prises de vues) et de mobilité. A supposer qu’il y ait Histoire » (Andrei Ujica).

En présence de

Modérateur :

JL

Jacques Lemière

Institut de sociologie et anthropologie, CLERSE UMR 8019 CNRS, Université de Lille (Campus de Cité scientifique), responsable pour l'art du cinéma à Citéphilo