MENU
Cité Philo - Hauts-de-France

Ce que les riches pensent des pauvres par Serge Paugam

Ce que les riches pensent des pauvres par Serge Paugam

Ce que les riches pensent des pauvres. Vous êtes-vous déjà posé la question ? Serge Paugam est venu y répondre en présentant son livre vendredi 24 novembre à la Fnac de Lille. Face à une salle remplie et dans une ambiance mouvementée, Paugam le sociologue, directeur d’études à l’EHESS et directeur de recherches au CNRS expose son ouvrage issu d’une enquête sur la perception de la pauvreté et des inégalités dans les quartiers très riches de trois métropoles : Paris, São Paulo et Delhi.

 

Pourquoi ce livre ?

Pour essayer d’expliquer l’homogénéisation de la ségrégation géographique et des différentes formes qui se manifestent au sein de ces métropoles.

Il est également intéressant de s’interroger sur ce besoin d’entre-soi, cette solidarité mécanique basée sur la similitude. La solidarité est la « colle » qui va permettre de faire tenir ensemble un groupe humain. Ainsi, la discrimination sociale serait formée en triptyque.

 

La première forme du triptyque : la production de la frontière morale.

Paugam a remarqué qu’au sein de ces trois villes, les riches se positionnent en groupe sociaux dans les quartiers les plus aisés. Ils ont conscience de cet affranchissement « à l’écart des pauvres » et affirment posséder une supériorité morale, en termes d’éducation et de culture. Par conséquent, une frontière se créée, de peur que les catégories populaires perturbent cette supériorité morale. Le sociologue prend l’exemple d’Higienópolis, un quartier bourgeois, en périphérie de São Paulo. Il réalise que la proximité spatiale entre les riches et les pauvres est plus forte en Inde et au Brésil qu’en France où la supériorité se traduit par une forme domestique. Les employés issus de milieux défavorisés travaillent dans les quartiers aisés. Cependant, la séparation est d’autant plus forte. Par exemple, les domestiques n’empruntent pas le même escalier que les habitants de la propriété. 

 

De plus, quand les très riches vivent à côté des très pauvres, se développe une neutralisation de la compassion.

 

Le deuxième pied du triptyque : se protéger des pauvres pour des raisons hygiéniques et de sécurité.

Les riches éprouvent une répulsion physique envers les pauvres et ressentent le besoin de prendre de la distance face à des personnes considérées comme « dangereuses ». Ils se justifient en décriant des raisons hygiéniques, comme dans les transports en commun à New Delhi. L’idée de pouvoir se retrouver en contact physique avec un pauvre leur est insupportable, ils invoquent la notion de pureté.

Selon les personnes vivant dans ces quartiers, il faut se protéger des pauvres. Ils connaissent une angoisse permanente, cela en devient une insécurité maladive, une obsession de la sécurité. Le sociologue donne son avis face à ce constat en avouant « Moralement, moi ça me choque ! ». Même si la répulsion physique est politiquement incorrecte, le phénomène de répulsion est exposé de manière très forte.

 

« On se déplace d’île en île ».

 

 

Troisième partie du triptyque : le besoin des riches de se justifier.

À force de voir la pauvreté au quotidien, une accoutumance s’installe et les riches finissent par passer à côté des pauvres sans les regarder. Un mécanisme de neutralisation de la compassion prend place et « on finit par s’habituer à ce spectacle, c’est dramatique ». Paugam explique que les riches possèdent un discours très organisé, mettant en évidence que l’ordre social est ainsi fait et qu’il est inutile de mettre en place un plan social. Les programmes sociaux proposés sont rejetés par les plus aisés qui défendent un discours de la paresse. Aussi, pour justifier leur supériorité morale, certains allèguent une naturalisation de la société due au mérite. 

Ce que les riches pensent des pauvres par Serge Paugam

L'historien et son temps. Nicolas Offenstadt sur les traces de la RDA

Comment dit-on Dieu dans les trois monothéismes? Cassin, Benzine, Ouaknin et Borgeaud

Histoire mondiale de la France : Boucheron, Venayre, Singaravélou et Deluermoz

Dire la France,Culture(s) et identités nationales par Vincent Martigny

L'humanité carnivore par Florence Burgat

Jean-François Millet sous l'oeil de Terrence Malick par Élise Domenach et Régis Cotentin

Persévérance de l'utopie par Pierre Macherey et Thierry Paquot

Interview de Barbara Cassin par Estelle Aubin et Laura Ayad

Le livre de la faim et de la soif par Camille de Toledo

Le travail à mort de Bertrand Ogilvie

Eloge de l'hospitalité. Regards croisés sur la condition de migrant

Sagesse et vérité par Barbara Cassin, Danièle Wozny, Elisabeth Claverie et Driss El Yazami

L'avènement de la démocratie : le nouveau monde par Marcel Gauchet

Les fondements sociaux de l'action économique, cours de Bourdieu au Collège de France, 1992-1993

Spinoza et la superstition par Ariel Suhamy

Des risques et des hommes par Hervé Flanquart

Croyance et foi par Delphine Horvilleur

Croire, c'est admettre que l'impossible devient possible par Maurice Godelier

Interview de Jean-François Rey dans la matinale de Radio Campus, mardi 7 nov.

La notion de forme dans les arts par Bernard Sève