MENU
Cité Philo - Hauts-de-France

Interview de Jean-François Rey dans la matinale de Radio Campus, mardi 7 nov.


Pouvez-vous vous présenter et, par la même occasion, le festival Citéphilo?

Je m'appelle Jean-François Rey, je suis professeur de philosophie et j'ai enseigné pendant longtemps dans la métropole. J'ai présidé le festival Cité Philo qui existe depuis maintenant vingt ans et qui a pour objectif de permettre au grand public d'assister à des conférences-débats de philosophie. Ce festival n'est donc pas seulement destiné au public des étudiants ou des professeurs de philosophie. Il s'agit de présenter des auteurs contemporains qui pour certains ont même publié dans l'année, à un public qui dans son immense majorité n'a jamais fait de philosophie ou qui lit peu de philosophie. Par ailleurs, nous nous réjouissons de pouvoir dire que le pari est plutôt réussi car nous enregistrons en général douze mille entrées sur trois semaines.

La philosophie est-elle vraiment accessible à tous? Justement, comment la rend-t-on accessible et comment fait-on pour expliquer certains concepts, certains grands thèmes philosophiques à tous les publics?

Le public vient en fonction des questions abordées qui sont pour la plupart des questions actuelles qui divisent la société. Pour d'autres, il s'agit de rendre hommage à tel ou tel grand philosophe. Le public n'a ensuite plus qu'à choisir parmi une centaine de rencontres et de conférences celles qui rejoignent leurs préoccupations personnelles du moment.

Le thème du festival cette année se présente sous la forme d'une question, «Que croyez-vous?» En tant qu'apprentie journaliste je trouve la question particulièrement actuelle parce qu'il me vient forcément à l'esprit les fake news dont on a tant parlé récemment avec l'élection du Président Trump, mais selon vous, pourquoi est-ce important de se poser cette question aujourd'hui?

La question «Que croyez-vous?» concerne forcément les croyances, les religions mais pas seulement. En fait, cela interroge tout: les problèmes, les marchés, la liberté... Il s'agit d'aller au plus profond de notre rapport au monde.

Justement on constate en regardant les thèmes des conférences et des évènements qu'il y a de nombreux sujets dont on entend particulièrement parler en ce moment, comme le féminisme avec les conférences «Femme, homme, philosophie: une dispute épistolaire» et «Féminin révolution sans fin» notamment ou encore le végétarisme avec «L'humanité carnivore». Cela signifie-t-il que la philosophie doit s'adapter à son temps et rester proche de l'actualité?

Non, il ne s'agit pas de rester proche de l'actualité parce que l'actualité est un temps très court. Une information en chasse une autre tandis que la philosophie travaille sur le long terme. Il peut y avoir des interventions de tel ou tel intellectuel pas forcément philosophe dans l'actualité politique, sociale ou autre. Cependant, la philosophie doit nous aider à penser notre temps, pas l'actuel, pas l'immédiat, mais bien le temps dans lequel nous vivons. Elle soulève la question de la violence, de la vérité, et tout ce qui tourne autour de la crise sur un long terme, mais pas sur l'immédiat de l'actualité.

Il y aura également une conférence sur le Discours de la servitude volontaire de La Boétie, c'est une oeuvre qui date du XVIè siècle. Pourquoi avoir choisi de la remettre au goût du jour et d'y consacrer toute une conférence?

Le Discours de la servitude volontaire est régulièrement au goût du jour depuis le XVIème siècle. Il s'agit d'une oeuvre qui a été écrite par un jeune homme de dix-sept ans et qui évoque cette question: «Pourquoi les hommes se précipitent-ils dans la servitude?». Vous évoquiez à l'instant Donald Trump. Comment un grand pays comme les Etats-Unis s'est-il mis à voter majoritairement pour un homme dangereux et déficient intellectuel. La servitude est une énigme qui a traversé les siècles. Je ne peux que vous conseiller de lire, si vous en avez l'occasion ce discours d'une trentaine de pages, car la prose d'Etienne de la Boétie est particulièrement remarquable.

Pour finir, quelle recommandation de lecture philosophique pourriez-vous donner à ceux qui n'ont jamais fait de philosophie et qui voudraient se lancer?

Je n'ai pas de titre précis à vous donner, mais retenez que vous devez vous faire plaisir. Trouvez des livres à la fois forts sur le plan conceptuel et accessibles au niveau du vocabulaire. On peut en effet reprocher à certains philosophes d'avoir un jargon trop technique. Pour commencer, vous pouvez lire Vladimir Jankélévitch. Il faut vous lancer. On apprend la philosophie comme on apprend à nager, en se jetant à l'eau.

L'avènement de la démocratie : le nouveau monde par Marcel Gauchet

Les fondements sociaux de l'action économique, cours de Bourdieu au Collège de France, 1992-1993

Spinoza et la superstition par Ariel Suhamy

Des risques et des hommes par Hervé Flanquart

Croyance et foi par Delphine Horvilleur

Croire, c'est admettre que l'impossible devient possible par Maurice Godelier

Interview de Jean-François Rey dans la matinale de Radio Campus, mardi 7 nov.

La notion de forme dans les arts par Bernard Sève