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Citéphilo - Hauts-de-France

Pierre Birnbaum : une perspective historique et personnelle du régime de Vichy

           Pierre Birnbaum : une perspective historique et personnelle du régime de Vichy


Professeur émérite à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne, historien et sociologue, Pierre Birnbaum a notamment enseigné à Sciences Po Paris. Ses nombreux ouvrages portent sur la sociologie de l’Etat, le pouvoir et les élites. Son dernier livre, La leçon de Vichy : une histoire personnelle, paru en 2019, fait l’objet de la conférence. Le modérateur, Jacques Lemière, introduit la conférence en présentant les raisons de se réjouir de ce livre : d’abord, ce livre croise une histoire personnelle et un travail d’historien dans le contexte du régime de Vichy. Ensuite, à l’heure de la recrudescence de lectures révisionnistes de l’histoire et de la réhabilitation de figures telles que Pétain ou Maurras dans les discours politiques, cet ouvrage rappelle la politique meurtrière menée par l’Etat entre 1940 et 1944.


Vichy ou la mort de l’Etat


Selon Pierre Birnbaum, le régime de Vichy représente la fin de l’Etat, puisque les deux processus fondamentaux de différentiation et d’institutionnalisation, caractéristiques d’un Etat, sont mis en péril. Considéré par Maurras comme la « revanche de Dreyfus », l’Etat de Vichy est l’apogée de la grande tradition contre-révolutionnaire française, anti-laïque et hostile au jacobinisme. L’antisémitisme politique français, émergeant au XIXème siècle, a créé les conditions de l’avènement de Vichy, si bien que « Vichy existait avant Vichy dans l’Etat ». Ainsi, un ensemble de mythes et de préjugés circulent dans l’espace public et permettent l’accusation politique selon laquelle l’Etat républicain serait dirigé par les juifs. Se substituant à l’Etat de droit, le droit du sang se concrétise dès 1940 par les premières mesures du régime, telles que l’exclusion de l’Etat de tous ceux dont le père n’était pas français à la naissance. L’Etat est « rongé » à travers la dé-différentiation de l’Etat et l’introduction de personnalités d’extrême droite aux postes de commande, ainsi que par l’exclusion de la plupart des fonctionnaires, considérés comme communistes ou juifs.


« L’Etat de Vichy m’a tué » : un coming-out personnel


Ce moment de décomposition de l’Etat par le régime de Vichy est mis en parallèle de l’histoire personnelle de Pierre Birnbaum. Né en 1940 à Lourdes, Pierre Birnbaum est caché durant toute son enfance chez des paysans à Omex, un petit village dans les hautes Pyrénées. N’ayant jamais évoqué son histoire personnelle, l’auteur décide de faire son « coming-out », sans quitter les préceptes durkheimiens et sans faire de l’égo-histoire. À partir d’un travail sur des archives d’État, il reconstitue un parcours qui est le sien. Malgré la distance qu’impose le travail d’historien, le croisement entre histoire nationale et personnelle s’avère rude : Pierre Birnbaum apparaît dans les rapports de police de l’époque, qui le recherche à cause de son identité juive. Ce livre pose la question implicite de l’absence de la question de Vichy dans ses ouvrages.  


La défense d’un Etat fort  


Cette conférence est ainsi l’occasion pour Pierre Birnbaum de revenir sur ses ouvrages portant sur l’Etat. L’histoire française a produit un État reposant des institutions et un système de rôles structurés, caractérisé par une méritocratie de concours. L’Etat français repose ainsi sur une forte institutionnalisation et sur une différentiation à l’égard ce qui peut le ronger. Pierre Birnbaum rappelle la nécessité d’un État fort et de la méritocratie française qui permet d’accéder aux fonctions de pouvoir. La séparation de l’Eglise et de l’Etat à la française reste un modèle qu’il faut conserver et non réduire en poussière. Pierre Birnbaum se fait ainsi le défenseur d’un Etat fort et montre le rôle central que jouent les hauts-fonctionnaires dans la République. Toutefois, Birnbaum observe à regret que peu de fonctionnaires se sont opposés aux mesures du régime de Vichy. Si des juifs ont survécu en France, c’est grâce à des « justes » issus de la société civile, des paysans, des prêtres ou des pasteurs.  









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