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Citéphilo - Hauts-de-France

La manifestation en débat, vue par Danielle Tartakowsky

  La manifestation en débat, vue par Danielle Tartakowsky


Ce dimanche 12 décembre, Danielle Tartakowsky abordait à l'ESJ de Lille la question de la manifestation. Historienne spécialisée dans l'étude des mouvements sociaux, elle a publié en 2020 un livre dédié au sujet : « On est là ! La manif' en crise ». Pour Citéphilo, elle est revenue sur les grandes mutations de la manifestation et sur les débats qui l'entourent aujourd'hui.



L'affirmation d'un « objet politique »



Pour Danielle Tartakowsky, l'affirmation de la manifestation répond à un long processus de légitimation. Au début des années 1880, la liberté de manifester n'est pas mentionnée dans les lois démocratiques. Elle se devine seulement dans les situations où la question du maintien de l’ordre est posée. La manifestation s'affirme davantage en 1935 grâce à un décret de loi qui évoque un « principe déclaratif » plutôt qu’une demande d'autorisation. Selon Danielle Tartakowsky, la nuance est cruciale car elle « confère à la manifestation un statut qui crée les conditions d'une négociation ».




En mai 1934 comme en mai 1968, les manifestations jouent un rôle déterminant dans l'entrée en crise politique. Plus encore, elles sont selon l'historienne, « le moyen de construire la sortie de crise, de la gérer dans le cadre démocratique ». C’est au tournant du millénaire que la manifestation atteint son apogée en France, devenant un véritable « référendum d'initiative populaire ».



La manifestation en crise



Comme le décrit Danielle Tartakowsky, « un retournement » s’opère à partir des années 2000. Au début du siècle, c’est l’apogée de la manifestation en France comme en 2002 avec les manifestations contre la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour. En 2003, Jean-Pierre Raffarin utilisait une formule provocatrice : « ce n’est pas la rue qui gouverne ».



Concernant le maintien de l’ordre dans les manifestations, l’autrice du livre nous indique que depuis ces dernières années, il y a un « changement de stratégie ». Auparavant, il était question de s'appuyer sur une logique de « prévision » et de mise à distance des manifestants. À présent, c’est l’inverse. Le maintien de l’ordre est basé sur des moyens d'intervention comme la BAC et sur des nouveaux matériels. On assiste finalement à une « militarisation de la répression ». Elle cite d’ailleurs la formule de Nicolas Sarkozy : « cibler les agitateurs ».



Jusqu’à la crise des gilets jaunes, l’objectif des manifestations est de préserver « l'État social et la démocratie sociale ». L’émergence du mouvement des gilets jaunes marque une rupture avec le côté traditionnel. On fait face à une occupation statique de l'espace public et à la revendication du changement. Le gouvernement a été pris de court par cette crise inédite et a apporté des réponses « violentes et disproportionnées ».



Quand on sait que la France était pionnière sur la question du maintien de l’ordre et a été la première à inventer la gendarmerie mobile en 1921, il peut paraître paradoxal de voir comment la situation s’est aggravée.



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