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De quoi le vide est-il plein? Par Etienne Klein

De quoi le vide est-il plein? Par Etienne Klein

Tout le monde connait cette sensation, celle du vide. Dans la langue française, le vide est consistant : on le qualifie, on l’utilise comme ensemble dans les mathématiques, il peut même être une source d’angoisse. Mais qu’est-ce que le vide ?  Est-il si vide que ça ? Le cas échéant de quoi est-il plein ?

Les concepts philosophiques du vide

Dire qu’on a peur de tomber dans le vide est-il vrai ou est-ce une désinvolture langagière ? La notion de vide a inspiré de nombreux philosophes et physiciens et il existe plusieurs sens du terme. Dès l’Antiquité, les philosophes grecs, Atomistes, Pythagoriciens ou Aristotéliciens, avaient chacun une théorie à défendre propre à leur école de pensée. Aujourd’hui, notre idée moderne du vide colonise les pensées préexistantes grecques. Comment, par la pensée philosophique, être sûre que nous désignons le même vide ?

Démocrite, fondateur de l’école Atomiste conçoit le vide conceptualise le vide comme opposé à celui de matière. Il distingue le mèden – le vide, le néant - qui complète l’espace inoccupé par le den - la matière. Cette idée s’oppose frontalement à la théorie aristotélicienne qui ne conçoit pas le vide puisque le mouvement passe par le contact. Aristote imagine un élément : l’éther qui remplacera le vide des Atomistes. Ainsi nait le postulat disant que « La nature a horreur du vide ». Pourtant, en opposant la nature au vide, Aristote légitime son existence. Finalement, au 14e siècle, Galilée admet que les lois des mouvements seraient beaucoup plus simples si le vide existait. Dans un raisonnement moderne, il prouve par l’expérience de pensée que les théories sur le vide ne coïncident pas avec ce qu’il voit. C’est à la fin de sa vie, qu’il démontre que c’est la pression atmosphérique qui pousse la nature à occuper le vide. La question du vide devient un problème physique.

Le concept physique du vide

Actuellement, il y a autant de « vides » différents qu’il y a de théories. La notion de vide a évolué, notamment grâce à l’avènement de la physique quantique. Si les théories quantiques datent du début du XXème siècle, c’est en 2012 que les quantas apparaissent sur le devant de la scène par l’entremise du boson de Higgs. Cette particule virtuelle présente dans le vide, qui ne peut devenir « réelle » qu’en « absorbant » une quantité phénoménale d’énergie, remet en question la « viditude » du vide.

Selon Etienne Klein l’exemple des dessins de taureaux de Picasso illustre très bien le vide quantique. Si les premiers taureaux sont pleins, détaillés, ils se simplifient au fur et à mesure des dessins pour aboutir à un dernier taureau constitué de seule une dizaine de traits curvilignes. Si on enlève un trait à ce dernier dessin, l’animal n’est plus reconnaissable en tant que taureau. Or pour le physicien, le vide quantique est analogue : soustraire ces quelques particules, comme le boson de Higgs, du vide le détruit. Ainsi l’affirmation de Blaise Pascal, prend tout son sens : « Le vide est le milieu entre le néant et la matière ».

Pour Etienne Klein le vide se distingue du néant. Car au contraire du vide, le néant ne peut pas être pensé ou matérialisé. Léonard de Vinci disait déjà en son temps, qu’en lui donnant corps on le détruit. « L’idée du néant est destructrice d’elle-même, on ne peut penser au néant qu’en n’y pensant pas », philosophe le physicien. Il précise également que l’on ne peut comparer le néant au rien, car contrairement à ce dernier le néant n’est ni quantifiable ni qualifiable.

 

Il serait donc plus juste d’avoir peur de tomber dans le néant plutôt que dans le vide.

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