Auditorium du Palais des Beaux-Arts
18 bis rue de Valmy59000 Lille
La France contemporaine de Jean-Pierre Thorn. Hommage à Jean-Pierre Thorn (1947-2025) et à son regard de cinéaste sur la France, avec nos remerciements à la Cinémathèque de Toulouse et au distributeur Les Acacias
Cinéaste généreux et rigoureux, Jean-Pierre Thorn fut, par ses films, de 1968 à 2019, comme par les engagements de sa vie même, dans une frappante synchronicité avec l’événement, l’accompagnateur de moments et de mouvements politiques et culturels majeurs qui ont marqué la France du demi-siècle passé : luttes ouvrières de 68 et de l’après-68, mais aussi culture hip-hop (danse urbaine et graf) dans la jeunesse de banlieue, qu’il a su vite reconnaître, dès 1992, et dont il est un des grands documentaristes.
Décédé brutalement le 5 juillet 2025, Citéphilo lui rend hommage avec une sélection de quatre de ses films, qui prendra un sens singulièrement renforcé dans son lien, assumé, avec le programme « La France, pays invité ».
11h-12h45, introduction à la journée et projection de Oser lutter, oser vaincre, Flins 68 – Film de Jean-Pierre Thorn, France, 1968, 1h35, NB
Un des films les plus sensibles de Mai 68 : « Là, ça bouge, ça existe, ça respire, on sent quelque chose, on sent quelqu’un », écrivait le
penseur du cinéma Serge Daney en 1990. Jean-Pierre Thorn, alors 21 ans, convaincu que les images des barricades du « Mai étudiant » du Quartier latin ne peuvent suffire, entre dans l’usine occupée de Renault-Flins par le biais d’un étudiant membre de l’UJCML qui y est « établi ». Influencé, dira-t-il, par le cinéma d’Eisenstein (Le Cuirassé Potemkine) et de Glauber Rocha (Le Dieu noir et le Diable blond), mais aussi les « Ciné-Tracts » de Chris Marker, il y filme, avec sa petite caméra 16 mm, la mobilisation du « Juin ouvrier », notamment contre la reprise du travail souhaitée par les dirigeants de la CGT après la signature, fin mai, des accords de Grenelle.
14h30-15h15, introduction aux deux premiers films de l’après-midi, et projection de La grève des ouvriers de Margoline – Film de Jean-Pierre Thorn, avec le collectif Cinélutte, France, 1973, 41 mn, NB
Ouvrier depuis 1971 (il s’est « établi » à l’usine Alsthom de Saint-Ouen, y est resté pendant 8 ans, y devenant syndicaliste CFDT), Jean-Pierre Thorn apprend que, le 21 mai 1973, à Nanterre, 52 ouvriers « sans- papiers » d’une usine où ils travaillent, dans de scandaleuses conditions, douze heures par jour, à charger et décharger des balles de papier, se sont mis en grève pour leurs droits : « c’est à partir de ce moment-là », dit-il en 2023, que le système a commencé à produire des sans-papiers, et c’est la première fois en France qu’on luttait pour les papiers avec les moyens de la grève » . Son film sera l’un des premiers à donner la parole, face caméra, en français ou en arabe, à des travailleurs immigrés sans papiers en France.
15h15-16h45, projection de On n’est pas des marques de vélo – Film de Jean-Pierre Thorn, avec la collaboration de Farid Berki (Compagnie Melting Spot), France, 2002, 1h29mn, couleur
Un portrait d’Ahmed M’Hemdi, « Bouda » de son nom de scène, jeune « breaker » de 30 ans, entré en France à l’âge de 4 mois avec sa
famille tunisienne et victime de la loi dite de « double peine » qui, au sortir d’une peine de prison, expulse les enfants de l’immigration vers des pays d’origine qui leur sont devenus étrangers. Après Génération hip-hop ou le mouv’ des ZUP (1995) » et Faire kiffer les anges (1997), c’est le troisième film de Jean-Pierre Thorn sur l’épopée hip hop, film « moins euphorique », dit-il, « mais plus capable de dire sa réalité sociale dans un contexte de discrimination d’État ».
17h-18h20, projection de L’âcre parfum des immortelles – Film de Jean-Pierre Thorn, France, 2019, 1h19mn, couleur et NB
Un film magnifique et le plus personnel de Jean-Pierre Thorn, le film de sa vie, dont il ne pouvait imaginer qu’il serait son dernier :
« Un collage poétique et politique, un chant d’amour. Au récit enflammé d’une passion amoureuse se mêle la folle espérance
soulevée par Mai 68. Jean-Pierre Thorn remonte le fil de sa vie pour retrouver les figures rebelles qui ont peuplé ses films : des ouvriers en lutte des années 70 jusqu’à leurs enfants du mouvement hip-hop… et en 2018 les gilets jaunes d’un rond-point à Montabon. Ensemble, ils composent une fresque lumineuse qui prolonge et répond aux lettres de son amante trop vite fauchée par la mort » (Les Acacias, distributeur du film).
18h20-19h45, suivie d’une conversation sur L’âcre parfum des immortelles et sur l’œuvre de Jean-Pierre Thorn
Intervenants pressentis (actuellement sous réserve) : Farid Berki, danseur, chorégraphe, fondateur de la Compagnie
Melting Spot (Lille), Anne-Catherine Witt, productrice de L’âcre parfum des immortelles (Macalube Films, Paris)
Modérateur :
Jacques Lemière
chercheur associé, sociologie et anthropologie, au Laboratoire CLERSE-CNRS, Université de Lille, responsable pour l’art du cinéma à Citéphilo
