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Quand féminisme et philosophie ne font qu’un à Citéphilo

Mettre la philosophie au service du féminisme. Tel était l’objectif de Fabienne Brugère et Guillaume Leblanc dans leur ouvrage Le peuple des femmes. Un tour du monde féministe, présenté ce 22 novembre dans le cadre de Citéphilo à Lille.


            D’un point de vue philosophique, les deux auteurs ont mis à l’honneur le féminisme dans ce livre paru en février 2022. Celui-ci donne à voir l’extrême variété des féminismes existant dans le monde, par le biais d’enquêtes, d’entretiens et de synthèses. « Faire une philosophie des relations et non des identités », tel est l’enjeu de leur démarche, comme l’explique Guillaume Leblanc. Cette entreprise se caractérise par une mise en lumière des pratiques et des voix des féministes : activistes, artistes, femmes engagées…

La mise en œuvre d’une philosophie de terrain

               Véritable moteur de cet ouvrage d’envergure, la philosophie de terrain se manifeste ici par une volonté d’identifier les « voix relais » en cartographiant pays par pays les pôles féministes existants. Cette méthode concrète de travail consiste à aller chercher sur place les ressources vocales du féminisme afin de répertorier l’ensemble des mouvements qui s’y inscrivent. Par ailleurs, la plus-value de cette philosophie réside dans le fait qu’elle permet de redonner la capacité à la population de philosopher par elle-même.


La transnationalité du féminisme

               Selon Fabienne Brugère et Guillaume Leblanc, l’aspect transnational du féminisme s’illustre dans l’oppression des femmes généralisée, « par-delà » les nations. De cette manière, aucune limite géographique ne peut délimiter cette cause dans la mesure où l’on fait face à un phénomène d’affaiblissement de la femme s’affranchissant des frontières nationales. Cette transnationalité réside dans la capacité des mouvements à raisonner avec un autre et à dépasser le cadre national.
Par différents moyens tels que l’émergence des mouvements sur les réseaux sociaux ou encore le déplacement des assemblées, cela crée « des phénomènes de contagion », explique Guillaume Leblanc, engendrant un conflit entre joie des féministes et angoisse des supérieurs : gouvernements, institutions religieuses…

La lutte contre des acteurs réactionnaires

               Globalement, le peuple des femmes est un peuple « empêché et manquant » faisant face à des politiques méprisantes de différents gouvernements réactionnaires. Par la mise en place de discours binaires ou de politiques agressives à l’égard des femmes, le monde politique tente de se confronter à un mouvement féministe justifié et en pleine ébullition. Le constat est simple : nous faisons face à une émancipation face à une restauration réactionnaire. Néanmoins, ce peuple devient grand et bruyant de façon croissante et reste animé par un postulat majeur : « un sexe n’a pas à contrôler un autre sexe. » comme le clame Fabienne Brugère.