Vanina Mozziconacci : la philosophe qui secoue le féminisme et l’école
Sciences Po Lille a accueilli ce lundi Vanina Mozziconacci, agrégée de philosophie et maîtresse de conférence en philosophie de l’éducation à l’université Paul Valéry à Montpellier, pour la présentation de son nouvel ouvrage Apprendre à philosopher en féministe.
« Femme, philosophe et féministe » annonce la modératrice Louise Ferté, maîtresse de conférence en philosophie à l’université de Lille et à l’INSPE Hauts-de-France. « Ça fait beaucoup pour une personne » ironise Vanina Mozzinocacci. Venue pour « doucher nos espoirs » comme elle l’annonce au début de la conférence. Elle présente son livre d’abord pour ce qu’il n’est pas : ni un manuel de pédagogie féministe pour conscientiser les élèves et étudiant.e.s, ni un livre qui montre que l’inclusion de quelques noms de femmes dans les programmes rendrait la discipline moins sexiste.
Déconstruire les savoirs : pourquoi la philosophie n’est pas neutre
À la question pourquoi la philosophie est-elle sexiste ? Elle répond, pourquoi ne le serait-elle pas ? Les savoirs, rappelle-t-elle, ne sont pas neutres : leur construction repose sur des choix donc sur des exclusions. Elle parle d’injustice épistémique pour désigner ces mécanismes qui invisibilisent certaines voix, celles des femmes, des minorisé.e.s ou des dominé.e.s. Elle prend l’exemple des études sur le travail reproductif d’inégalités. Une autre facette du travail comme générateur de discriminations a permis aux femmes de réécrire le monde pour révéler une injustice. Éduquer oui, mais paradoxalement non. Penser pouvoir mettre en place des relations horizontales et uniformes dans un cadre éducatif et académique est un leurre. Ajouter quelques noms de femmes philosophes au programme du bac, comme l’a fait Michel Blanquer, passant de 0 à 5 femmes pour 85 auteurs, n’est pas suffisant si cette féminisation ne s’accompagne pas d’une remise en cause structurelle des manières de philosopher.
La reproblématisation comme levier de changement
Pour Vanina, philosopher en féministe consiste à reproblématiser. Il s’agit de dévoiler les rapports de pouvoir dissimulés derrière les concepts, déceler les caractères genrés dans les argumentaires. C’est aussi accepter que l’objectivité ne soit pas l’effacement des subjectivités mais un commun construit par la différence de perceptions. Plus les expériences des minoré.e.s sont incluses, plus le consensus scientifique gagne en solidité. Elle prend l’exemple de l’esclavage, étudié par les auteurs référents dans le domaine de l’éducation exclusivement sous un seul prisme. En réalité, il faut retracer les concepts dans un rapport de force genré, raciale souvent occulté, notamment dans les manuels scolaires.
Son livre ne vise pas à faire de l’éducation un horizon unique du changement social. Les gestes pédagogiques, dit-elle, sont nécessaires mais insuffisants s’ils dépolitisent les enjeux. L’éducation peut éveiller, mais elle ne doit pas étouffer la colère : la mobilisation demeure indispensable pour transformer un système qui reproduit des inégalités.
Julia Semeteys

